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GUERNINA a vu le jour dans un coin très reculé, prés d’un hameau au fin fond des hauts plateaux d’Algérie, il est né « l’année des criquets », le jour même de l’invasion lui raconta sa mère Zenouba , ton cri primal se confondait, lui dit-elle, avec les stridulations de ces essaims d’acridiens qui, en trois jours avaient ravagé tous les champs de blé alentours ,les épis flétris, tètes baissés n’avaient plus cette fière allure qui leur donnait l’aspect d’un bataillon de soldats alignés a perte de vue.
Le temps des vaches maigres allait commencer et le moins qu’on puisse dire de la naissance de Guernina est qu’elle tombait au mauvais moment, elle fut même complètement éclipsée par le malheureux événement qui venait frapper de plein fouet des gens pauvres et démunis.
Les yeux levés vers le ciel ,pour éviter de regarder le désastre, Azouz, le père récita quelques prières, il poussa la porte de sa modeste demeure puis furtivement en se tournant vers son enfant emballé comme une momie et placé dans un vieux berceau en bois, il lâcha presque a haute voix : « une 13éme bouche a nourrir, mon fils tu seras élevé a la guernina* j’en ai bien peur »
Les premières années qui suivirent la naissance de Guernina furent très durs, son père Azzouz pour subvenir aux besoins de sa nombreuse progéniture fut contraint de s’exiler en France a la recherche d’un travail, il fut embauché dans une mine de charbon dans le nord-pas-de- calais, il profita de sa
permanente présence en France pour épouser Yvonne ,une normande quadragénaire avec laquelle il eu une fille , Eva-Saida, une ravissante brune aux yeux verts, Azouz l’adorait ,elle révéla en lui un étrange et agréable sentiment qu’il n’a jamais connu avec ses autres enfants, Yvonne ignorait bien évidement l’autre vie cachée de son mari ,elle l’aimait car a le trouvait différent mais surtout brave et toujours disponible malgré son harassant boulot, il n’hésitait pas a venir l’aider a servir ses clients dans son bar ,un jour un compatriote de Azouz qui travaillait avec lui dans les mines ,et après avoir ingurgité une bonne quantité d’alcool ,observa attentivement avant d’ interpeller Azouz , occupé a ranger treize Croque- monsieur sur un plateau, et lui dit tout en s’esclaffant « Azou tu n’oublies personne ? Bon, un, pour ta pauvre paysanne de femme, les douze autres pour tes mioches et toi alors, vas-tu manger de la guernina ? » Et tout le bar, remplit majoritairement de nord-africains, partit dans un énorme éclat de rire. Puis, dans un bref moment d’un silence de cathédral, Yvonne la main sur la poitrine le souffle coupé balbutia à demi –inconsciente : « pourquoi tu me l’as caché Azouz, pour quoi donc ? » Et elle s’affaissa par terre derrière son comptoir dans un bruit d’éclat de verres et de bouteilles.
La mort d’Yvonne non seulement, bouleversa totalement Azouz qui désormais vivait avec un sentiment de culpabilité qui ne le quittera sans doute jamais, mais l’éloigna de Eva-Saida qui fut confié pas les autorités françaises à sa grand-mère maternelle chose qu’il n’arrivait pas a comprendre ni a supporter. Le droit de visite qu’on lui accordait ne le consolait guère.
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Allongé sur son lit Azouz songeait sérieusement a retourner au bled il sentait qu’il n’avait plus la force de continuer a travailler en France avec le souvenir de sa défunte femme qui hantait aussi bien ses jours que ses interminables nuits, il voulait fuir tous ces meubles ces rues, ces gens qui d’une manière ou d’une autre lui renvoyaient l’image d’Yvonne ,six mois sont déjà passés depuis son décès et pourtant elle n’a jamais été aussi présente !
Oui, il faut fuir se dit-il, partir, rentrer chez les miens, mais partir sans ma fille ça jamais, jamais sans mon seul, mon unique vrai bonheur sur cette terre, il n’en est pas question.
L’idée de ne plus pouvoir garder sa fille le déchirait, soudain son corps tressaillit, il se crispa et après un long soupir, il éclata en sanglots, il savait pertinemment que ça relèverai du miracle de faire sortir Eva-Saida de France.
Au moment ou Il allait éteindre la lumière pour essayer de trouver le sommeil, on frappa a la porte
« C’est moi, Amar, ouvre azou » entendait –il
Amar, son cousin qui vit entre Alger et Paris ,entra, il prit une chaise et tout en s’excusant de s’être pointé aussi tard , jura qu’il ne peut partir au pays sans saluer son cousin ,qu'il s’envolera demain de bonheur et c’est le seul moment de répit qu’il a eu de toute la journée, puis il sourit, farfouilla dans un gros sac en toile de jute pour en sortir, Un joli cartable rose et cria triomphalement : «c’est pour mon ange Amina elle rentre a l’école l’année prochaine, il est superbe n’est-ce pas ? »
Azzouz tomba presque du lit, a cet instant précis une incroyable idée venait de jaillir dans sa tète, il fixa Amar et répondit, exalté « il est superbe Amar et toi tu l’es encore plus, je sais que je peux compter sur toi, je sais que tu ne vas pas me decevoir, viens que je t’embrasse !»
Amar : « tu vas bien ?que se passe, il azzou, t’es fatigué ? »
Azouz : « je suis en plein forme et tu en es la cause, j’aurais besoin de toi je te vaudrais ça toute ma vie si tu m’aide »
Azouz : « ah ! Si ça marche je retrouverais enfin ce brin le bonheur qui me fuit comme la peste »
Amar : « mais bon dieu ! De quoi tu parles cousin ? »